Pour une politique cycliste d’envergure
Attendu depuis des années, le projet de révision du Plan directeur cantonal de la mobilité cyclable pédale dans le vide. Alors que Neuchâtel accuse un sérieux retard par rapport au reste du pays, le Conseil d’État estime que tout roule, comme en témoigne son appréciation pour le moins optimiste des retours de consultation. Face à ce décalage entre le coup de pédale attendu et la vitesse de croisière observée, les groupes socialiste, VertPop et vert’libéral décident de remettre la chaîne sur le plateau et de passer à la vitesse supérieure en déposant cinq objets parlementaires. Au programme : des propositions concrètes pour redresser le guidon, éviter de faire du surplace et donner enfin un véritable coup de pédale à la politique cyclable cantonale. L’objectif partagé est simple : faire de Neuchâtel un canton où le vélo devient un réflexe du quotidien, et non un sport à risques réservé aux plus téméraires.
C’est à vélo que les député·e·s popistes, socialistes, verts et vert’libéraux ont accueilli la presse sous le viaduc de Vauseyon ce 29 octobre pour présenter leur offensive Vélo : un projet de loi, deux motions et deux recommandations. Après la mise en consultation du Plan directeur cantonal neuchâtelois pour la mobilité cyclable (PDCMC) cet été, c’est un vrai coup de pédale qui est demandé au Canton en matière d’adaptation cyclable.
Les groupes socialistes, VertPOP et vert’libéral jugent en effet le projet trop timoré pour un report modal ambitieux. Ils pointent la perpétuation d’une logique qui donne systématiquement une importance insuffisante à la mobilité cyclable et en veulent pour preuve ces euphémismes masquant l’inaction :
- « Simple signalisation » : Qualifie 194 km de routes sans protection physique, dangereuses pour les usagers.
- « Opportunités de travaux » : Révèle un réseau en « dents de scie », dépendant du calendrier routier plutôt que d’une stratégie de continuité.
- « Coûts disproportionnés » : Sert souvent à éviter de réallouer l’espace public, contrairement aux standards d’autres régions.
- « Potentiel limité » : Exprime une prophétie autoréalisatrice justifiant l’inaction dans les zones périphériques.
Si les partis saluent néanmoins l’ancrage des liaisons rapides (voies express) dans les différentes régions, il convient désormais de renforcer cette base par des mesures concrètes, souvent déjà adoptées ailleurs, avec d’excellents résultats. Leurs propositions s’articulent autour de quatre axes majeurs ciblant spécifiquement les points faibles du projet du Conseil d’État.
AXE 1 : Pilotage stratégique
Fini le pilotage à vue : place à l’obligation de résultats et au pilotage par les données. Les député·e·s déposent un projet de loi pour fixer un objectif contraignant de 10 % de part modale vélo à l’horizon 2036. Pour s’assurer que le cap est tenu, les député·e·s exigent l’intégration systématique d’un chapitre dédié à la qualité des aménagements dans les rapports d’entretien des routes et un suivi chiffré dans le rapport quadriennal sur l’aménagement du territoire. Enfin, un bilan critique est demandé sur la programmation passée, afin de cesser de dépendre des simples « opportunités de réfection routière » et de garantir une stratégie proactive d’investissement.
AXE 2 : Des infrastructures sans rupture
L’objectif est de doter le Canton d’un réseau cyclable crédible, en procédant à des aménagements routiers, en adaptant des infrastructures existantes ou en en créant de nouvelles là où c’est nécessaire.
Il s’agit en particulier de :
- planifier et réaliser à court ou moyen terme des liaisons cyclables utilitaires, continues, directes et sûres, permettant de relier les différentes régions du Canton entre elles, avec les cantons limitrophes et avec la France voisine;
- identifier et hiérarchiser les principaux carrefours, giratoires et franchissements complexes constituant des points noirs ou des ruptures de qualité sur le réseau cyclable cantonal ;
- examiner systématiquement, lors de la construction ou de l’assainissement de tunnels routiers ou ferroviaires comportant une galerie de sécurité, la possibilité de rendre celle-ci également accessible aux piéton-ne-s et aux cyclistes
- Lancer un programme cantonal de stationnements et vélostations sécurisées et adaptées également à des vélos plus larges (vélo-cargos, tricycles pour personnes à mobilité réduite) couvrant l’ensemble des gares CFF et des pôles d’échange majeurs.
AXE 3 : Sécuriser activement : séparer, ralentir et prioriser
La sécurité ne doit plus être une option, mais le préalable de tout aménagement. Cet axe regroupe des mesures fortes pour protéger physiquement les usagères et usagers dans le cadre des infrastructures ou des aménagements, telles que le déploiement d’aménagements avec séparation physique des trafics sur tous les tronçons actuellement prévus en simple bande, et la priorité donnée aux cyclistes aux intersections et giratoires prioritaires du PDCMC. Pour réduire le danger à la source et respecter les normes légales en matière de bruit, les partis demandent l’abaissement des vitesses maximales (de 80 à 60 km/h sur les routes cantonales mixtes, et de 50 à 30 km/h en zone urbaine sous certaines conditions). Enfin, une transparence totale est exigée avec la publication d’un listing des lieux accidentogènes et un programme d’assainissement ciblé pour que les carrefours ne restent plus les points noirs du réseau.
AXE 4 : Un changement culturel par l’école
Pour ancrer durablement la pratique du vélo, il faut agir sur la formation et les mentalités dès le plus jeune âge. Les groupes proposent d’inscrire l’apprentissage du vélo dans le cursus scolaire obligatoire, au même titre que la natation, et de déployer des parcours sécurisés pour atteindre l’école à vélo. La demande inclut également une refonte de l’éducation routière pour y intégrer systématiquement les représentants d’associations de mobilité douce. Il s’agit de faire du vélo un réflexe naturel et sûr pour les nouvelles générations.
Pour les partis auteurs des propositions, sans un regain d’ambition, ce plan est une occasion manquée de transformer la mobilité neuchâteloise. Ils appellent le Conseil d’État à choisir entre un statu quo sans ambition ou un réseau crédible permettant d’atteindre 10% de part modale cycliste, dans l’intérêt de l’ensemble des utilisatrices et utilisateurs des infrastructures routières. Aujourd’hui, la conformité seule ne suffit plus, c’est d’un réseau attractif et fréquenté dont la population a besoin.
Intervention de Yves Pessina, Les Vert·e·s
En matière de vélo, notre canton a besoin d’un cap, mais aussi d’une ligne d’arrivée. Nous proposons de la fixer à 2036, avec un objectif clair : atteindre au moins 10 % de part modale vélo.
Il y a peu, les chiffres de l’Observatoire universitaire du vélo et des mobilités actives de l’Université de Lausanne plaçaient Neuchâtel au dernier rang des cantons suisses, avec une part modale cycliste de seulement 2,6 %, contre près de 8 % en moyenne nationale.
Deux virgule six pour cent. C’est peu. Et cela montre surtout le chemin qu’il nous reste à parcourir pour arriver à 10%- C’est donc un objectif ambitieux mais très réaliste.
Certes, notre canton dispose d’un plan directeur cantonal de mobilité cyclable. Mais une politique publique ne peut pas se contenter d’énumérer des intentions et des projets : elle doit se fixer des objectifs concrets, mesurables et assortis d’une échéance.
C’est précisément l’ambition de ce projet de loi : inscrire dans la loi cantonale sur la mobilité douce un objectif minimal de 10 % de déplacements à vélo au plus tard le 1er janvier 2036, et prévoir un suivi régulier des progrès réalisés.
Car fixer un objectif n’est utile que si nous pouvons effectivement l’atteindre tout en mesurant intelligemment le chemin parcouru.
Et c’est là qu’intervient le deuxième volet du projet, à savoir l’évaluation de l’attractivité des aménagements cyclables.
Comme le rappelle un article de l’Université de Lausanne consacré à la pratique du vélo en Suisse, le développement de ce mode de déplacement ne dépend pas uniquement du nombre de kilomètres aménagés. Il repose aussi sur la qualité des itinéraires et sur leur capacité à répondre aux besoins concrets des personnes qui se déplacent.
Un aménagement véritablement attractif doit réunir cinq critères : être sûr, direct, interconnecté avec les autres moyens de transport, confortable et agréable.
La sécurité, d’abord : chacun doit pouvoir pédaler sans craindre de se retrouver en danger au milieu du trafic. La directivité, ensuite : un itinéraire doit permettre de rejoindre sa destination sans détours inutiles ni interruptions. Le confort compte également, qu’il s’agisse de la qualité du revêtement ou de la fluidité du parcours. Enfin, l’interconnexion avec les transports publics permet de combiner vélo, train et bus pour faciliter les déplacements quotidiens.
Une piste cyclable isolée ne fait pas un réseau, tout comme quelques coups de peinture sur un bout de bitume ne font pas une vraie politique cycliste.
C’est pourquoi nous demandons que, dans le cadre du rapport sur l’entretien durable des routes, l’attractivité des aménagements soit évaluée tronçon par tronçon avec toujours en arrière-pensée une approche globale. L’objectif est de pouvoir identifier les points faibles, apprécier la qualité des infrastructures et vérifier qu’elles facilitent réellement la pratique du vélo.
Pour Neuchâtel, cet enjeu est particulièrement important. Notre topographie complique parfois les liaisons entre le littoral, les vallées et les montagnes. Il est donc essentiel de développer des itinéraires cohérents et de bonnes connexions avec les transports publics, afin que le vélo puisse devenir une véritable solution pour les déplacements quotidiens, et pas seulement pour les loisirs.
Avec ce projet de loi, nous ne prétendons pas qu’un chiffre fera apparaître des aménagements cohérent du jour au lendemain. Nous voulons faire de cet objectif un engagement politique et du suivi des résultats un outil concret de pilotage. Nous souhaitons qu’il serve de cadre fonctionnel transversal pour les autres dossiers en lien avec le vélo et la mobilité durable.
D’ici à 2036, nous devons pouvoir répondre à deux questions : la part des déplacements à vélo a-t-elle augmenté ? Et les aménagements réalisés ont-ils été suffisamment attractifs pour encourager cette progression ?
Neuchâtel ne peut pas se contenter de rester dans le peloton de queue. Il doit se donner un cap, mesurer ses progrès et corriger sa trajectoire si nécessaire.
Textes déposés
Projet de loi 26.181 : Objectif pour la mobilité cycliste.
Motion 26.182 : Des infrastructures et des aménagements à la hauteur d’un plan directeur cantonal de mobilité cyclable (PDCMC) plus volontariste et ambitieux !
Recommandation 26.185 : Pour une éducation routière adaptée aux objectifs de promotion de la mobilité douce
Motion 26.184 : Et si on remettait le vélo au milieu de l’école ?
Question 26.421 : Accidentologie des cyclistes.
Question 26.422 : Guide Vélo : Neuchâtel en roue libre ?